Clouée au sol de George Brant, Gilles David

 

©Marina Raurell

Clouée au sol est une pièce de George Brant traduite par Dominique Hollier et portée à la scène par Gilles David au théâtre des Déchargeurs. La scénographie est très simple : la comédienne, Pauline Bayle, se tient debout face au public sur un plateau dénudé. Elle est pilote de chasse dans l’US Air Force et participe aux frappes en Irak. L’aviation représente sa raison de vivre et c’est le drame lorsqu’elle est doit se faire à l’idée de rester sur la terre ferme pour accoucher, s’occuper de son enfant puis se résoudre à piloter un drone à distance pour s’adapter à l’évolution des techniques de combat.

La narratrice autodiégétique raconte son histoire, en caméra subjective. Le regard est un prisme par lequel passe toute l’histoire. La comédienne seule en scène est constamment exposée à tous les regards, tout comme le personnage qu’elle incarne. Ce qui constitue une véritable performance. Elle ne doit pas ciller, mais rester en tension permanente éclairée par une lumière zénithale surplombante analogue à la caméra du drone. Peu à peu la confusion s’installe entre qui surveille et qui est surveillé aboutissant à la paranoïa quand elle s’identifie aux victimes.

D’abord tiraillée entre le fait de rester avec sa famille sur terre et son envie de voler, son désir de retrouver le ciel se voit métaphoriquement « clouée au sol » à cause de sa mission de pilotage à distance. Le corps de la comédienne n’est libre que de ses bras qui accompagnent ses élans d’enthousiasme, d’angoisse, de suffocation. La poitrine de la comédienne se soulève, elle ouvre la fermeture éclair de sa combinaison et la referme à nouveau. Ses pieds sont cloués au sol la plupart du temps, ses jambes écartées à la largeur de ses hanches, elle est bien ancrée sur terre. Les seuls épisodes où elle peut planer à nouveau sont les moments d’extase avec son mari. A cet instant, ses pieds ne sont plus enchaînés au sol, elle est libre de ses mouvements, peut marcher, se coucher, enlever totalement sa combinaison.

Sa perception est elle-même régentée par un code couleur : le bleu du ciel, le rose du test de grossesse, du sexe de son enfant, la couleur du désert, le gris de l’écran de contrôle du drone, ce gris qui s’immisce dans chaque épisode hallucinatoire. De même l’éclairage zénithal varie seulement entre deux nuances. Des transitions entre les scènes d’intérieur et d’extérieur se font par des fondus noirs. Ils sont de très courte durée puisque la comédienne parle en continu dans un fond sonore absent. Restreinte dans ses mouvements, les modulations de sa voix prennent une large importance. Le bruitage des hélices se fait entendre à deux reprises en sourdine lorsque la pilote s’identifie aux personnes qu’elle regarde à travers l’écran. En effet, le bruit du drone ne peut être perçu que par les personnes observées. Si la scénographie est assez simple, on attendrait peut-être des pauses pour rythmer le flot de paroles constant, ce qui mettrait davantage en valeur le texte et la très belle voix de Pauline Bayle.

Ondine Marin

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :