1993, Julien Gosselin, Aurélien Bellanger

® FERNANDEZ Jean- Louis

          1993 est une pièce à thèse mise en scène par Julien Gosselin en collaboration avec le romancier Aurélien Bellanger. 1993 est la date qui marque la fin de la construction du tunnel sous la Manche. Cette pièce européano-centrée envisage l’avenir de l’Europe sous l’angle de « la fin de l’histoire » postulée par Hegel dans sa Phénoménologie de l’Esprit, et ensuite interprétée par le politologue Fukuyama. La pièce se découpe en deux parties : la première théorique est suivie d’une démonstration. Est postulé le fait que la démocratie libérale est le dernier régime politique voué à durer.

           Durant la première partie du spectacle, la salle est plongée dans le noir, les seules lumières proviennent des barres de néons, unique présence sur la scène. Celles-ci clignotent et participent à la métaphore filée du tunnel. Les néons, orientés à la verticale, forment les bordures du tunnel tandis que ceux à l’horizontale figurent un portail. Le clignotement alternatif crée une illusion de mouvement, comme si nous traversions le tunnel d’une autoroute ou l’espace à la vitesse de la lumière.

           L’Europe est envisagée comme une galaxie, comme un aéroport, un lieu de passage incessant, infini, en boucle. Le discours scientifique prévaut où règne un idéal de rationalisation. L’Europe est perçue comme un microcosme de l’univers dont chaque être humain est une particule. Dans ce tunnel qui évoque celui reliant la France et la Suisse, le Cern, est placé un accélérateur de particules. L’effet tunnel est ainsi évoqué pour parler des migrants comparés à des particules ayant muté. Ces particules indésirables mettent en péril l’idéal de pureté et de paix propres à l’utopie européenne décrite. L’Europe est comparée à un microcosme où à plus grande échelle, elle voit son ego rivaliser avec une galaxie.

          Une immense pulsation qui gronde sourdement cache quelque chose de latent. Cette marche lente, sûre, inéluctable est celle d’un géant. Le brouillard qui gagne la salle nous empêche de voir d’où viennent ces pas. La musique électro, techno recouvre peu à peu les voix off qui prennent le ton de l’urgence, de plus en plus aigu, en voix de poitrine. La gorge se serre et la voix se fait plus forte pour porter le discours. Le chœur polyphonique liminaire a la grandiloquence et la solennité du chant grégorien. Plus tard, lors du discours du prix Nobel de la Paix attribué à la Norvège, le chœur parle à l’unisson. Les voix sont désincarnées, sans corps, tout comme ce discours froid, rhétorique qui est la voix de tous et de personne à la fois.

          Les jeunes gens qui participent à la fête Erasmus, sont ces enfants de l’Europe, nés dans les années 1993. Plusieurs éléments donnent une tonalité inquiétante à la fête. La caméra intrusive, exhibant leurs faits et gestes en gros plan, la confiscation des portables, l’arme pointée par une jeune femme rappellent que la surveillance et la suspicion sont omniprésentes. Cette pièce nous propose donc la nouvelle infinité des temps. Un huis-clos où sévissent les « enfants-soldats de la paix » garantissant la fin de toute possible tragédie. Tout le malheur des guerres est relégué à l’extérieur des frontières de l’Europe, pour vivre dans un huis clos de paix.

          Le discours dogmatique, les effets spectaculaires de fumée et la saturation du son noient le spectateur. Son précédent spectacle Particules élémentaires était d’une complexité et d’une richesse beaucoup plus saisissantes.

 

 

Théâtre de Gennevilliers

texte : Aurélien Bellanger

mise en scène : Julien Gosselin

 

du 9 au 20 janvier

lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi

à 20h, samedi 13 à 18h, samedi 20 à 16h et dimanche à 16h

relâches jeudi 11 et mardi 16

avec le théâtre national de Strasbourg

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