Polyeucte de Corneille

            Polyeucte, pièce de Corneille, mise en scène par Brigitte Jaques-Wajeman, a été jouée le mardi 17 janvier 2017 au Théâtre des Abbesses.

Polyeucte est une tragédie romaine et politique de Corneille. Elle est inspirée du martyre de Polyeucte au IIIe siècle, au temps des premières chrétiens. Polyeucte vit dans un monde polythéiste. Il fait l’affront à sa famille, à sa femme, de devenir chrétien. Le roi, son beau-père est obligé de le condamner à mort pour le punir de ses profanations des temples. Tout au long de la pièce, les autres personnages essayent de le ramener sur le droit chemin, le polythéisme, mais rien n’y fait. Peu après sa condamnation, à la fin de la pièce, tout s’enchaîne très vite. La femme de Polyeucte, le roi qui l’a condamné, se convertissent au christianisme rapidement l’un après l’autre. Ces conversions précipitées qui font partie du texte de Corneille apparaissent comme caricaturales. La metteuse en scène crée un effet comique qui n’était surement pas recherché par Corneille en les déshabillant. La pièce se clôt sur les mots de Nietzsche, rajouté « Les martyrs furent un grand malheur dans l’Histoire : ils séduisirent. » (Nietzsche, L’Antéchrist) et sur un commentaire de ces paroles (cf. La note d’intention de Brigitte Jaques-Wajeman). Peut-être que la metteuse en scène a pensé au théâtre athénien en rajoutant cette conclusion. Or, la pièce de Polyeucte fait référence à l’époque romaine où le théâtre ne cherche plus autant à édifier qu’à l’époque Antique. L’ajout alourdit la pièce. Même s’il est tentant de vouloir appuyer certains aspects de la pièce et de répondre aux dérives sectaires résurgentes aujourd’hui, il semble que la pièce se suffit à elle-même. Une place laissée à l’interprétation est plus fructueuse qu’une maxime ou toute autre assertion.

            Corneille est connu pour avoir écrit des tragédies romaines et politiques. On pense notamment à Horace (1640), Cinna (1642), Nicomède (1651). Polyeucte est une tragédie romaine et politique mais aussi religieuse. Elle est inspirée du martyre de Polyeucte de Mélitène, au IIIe siècle (au temps des premiers chrétiens). L’intrigue de la pièce réside dans le célèbre choix cornélien auquel les personnages de Pauline, ainsi que celui de Sévère sont soumis. Ils sont partagés entre leur passion amoureuse respective et l’honneur. Ils renoncent ici à leur passion pour conserver l’honneur. Pauline doit se séparer de son mari, Polyeucte, parce qu’il s’est converti au christianisme. Elle ne peut pas rester de son côté et s’opposer à toute la société polythéiste. Sévère, encore amoureux de Pauline, doit contenir son amour pour persuader son mari de revenir sur son choix. Alix, le père de Pauline, Sévère et leur domestique ; Stratonis, la confidente de Pauline, essayent de convaincre Polyeucte de renoncer à sa foi dévastatrice.

           Venons-en à la représentation qui nous a été proposée dans la mise en scène modernisée de Brigitte Jaques-Wajeman. Le décor indique clairement la dimension sacrée de cette tragédie de Corneille. Un des panneaux occupe tout le fond de la scène. C’est un tableau très sombre où des nuages encadrent un vide central. Il montre la révélation mystique qui fait l’objet de la pièce.

           La pièce est modernisée. On le voit par les vêtements des comédiens. La musique de l’alexandrin, d’abord bien présente, se fait rapidement oublier et laisse place aux maux. Cette tragédie sacrée résonne encore aujourd’hui. La dévotion extrême du personnage rappelle les dérives sectaires, l’obscurantisme. L’incompréhension d’Alix, et de Pauline au christianisme de Polyeucte, rappelle les conflits entre les croyants de religions différentes. Ces conflits n’ont pas cessé. La metteure en scène a choisi de montrer un certain obscurantisme par des décors sombres et une mise en scène épurée. Deux grands blocs de métal de couleur turquoise foncée sont déplacés pour figurer des espaces différents. Ils se déplacent toujours de la même manière pour montrer l’inexorable marche du destin tragique. . Ces deux murs figurent le poids qui pèse sur les personnages d’Alix, le père, sur Pauline et sur Sévère, l’amant et le grand homme (revenu de la guerre) qu’on croyait mort. On attend beaucoup de ces trois personnages. Ces deux blocs de métal sont les piliers de la tragédie. Ils sont inébranlables. Les personnages luttent avec ces blocs, ils s’adossent à eux, Sévère tente de les repousser. Ces blocs sont l’issue fatale, les murs de prison, les portes auxquelles on écoute.

           Si le décor est très sombre, les personnages, eux, sont mis en valeur par les couleurs de leurs vêtements. Ces couleurs disent quelque chose sur la position des personnages. Polyeucte est mis en lumière par ses vêtements de couleur claire. La robe rouge de Pauline figure le choix cornélien de la passion et du sang qui anime sa vie.

            Le style grandiloquent de Corneille et le décalage qu’on éprouve aujourd’hui vient du fait qu’aujourd’hui en France nous sommes plongés dans une culture marquée par le christianisme depuis des siècles, alors qu’il est naissant à l’époque romaine. Ce décalage provoque le rire ou le sourire dans le public.

            Par ailleurs, la fin de la pièce voit son action ressérée. Alix et Pauline se convertissent au christianisme rapidement l’un après l’autre. Ces conversions précipitées qui font partie du texte de Corneille apparaissent comme caricaturales. La metteur en scène crée un effet comique qui n’était surement pas recherché par Corneille en les déshabillant. La pièce se clôt sur les mots de Nietzsche, rajouté par la metteure en scène « Les martyrs furent un grand malheur dans l’Histoire : ils séduisirent. » (Nietzsche, L’Antéchrist) et sur un commentaire de ces paroles (cf. La Note d’intention de Brigitte Jaques Wajeman). Peut-être que la metteure en scène a pensé au théâtre athénien en rajoutant cette conclusion. Or, la pièce de Polyeucte fait référence à l’époque romaine où le théâtre ne cherche plus autant à édifier qu’à l’époque Antique. L’ajout alourdit la pièce. Même s’il est tentant de vouloir appuyer certains aspects de la pièce et de répondre aux dérives sectaires résurgentes aujourd’hui, il semble que la pièce se suffit à elle-même. Une place laissée à l’interprétation est plus fructueuse qu’une maxime ou toute autre assertion.

            Brigitte Jaques-Wajeman a complexifié le choix cornélien entre la passion et l’honneur. Elle a ajouté la nudité. La nudité porte en elle plusieurs dimensions. Elle est ce qui s’oppose à la religion de Polyeucte en tant qu’elle est tentation de la chair. Elle est aussi son contraire, la pureté retrouvée dans la révélation mystique. Dans la révélation mystique, les émotions sont mises à nu quand la chair se révèle.

Ondine Marin

Un commentaire sur “Polyeucte de Corneille

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  1. Merci pour cette critique dont il me semble que l’essentiel repose sur la sentence qui tombe à la fin de l’article comme une condamnation irrévocable : mieux vaut laisser au spectateur le choix de l’interprétation qu’il veut donner à la pièce, plutôt que l’orienter dans une lecture de notre actualité. Façon élégante de soutenir qu’une véritable oeuvre se suffit à elle-même.

    DM >

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