Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal – Thierry Gibault

Une trop bruyante solitude (1976) de Bohumil Hrabal

2016 Festival Off  d’Avignon au théâtre des Halles

 Crédit photo : théâtre de l’Incendie, Paris

Laurent Fréchuret met en scène Thierry Gibault dans l’adaptation d’Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal.

 

              Dans la chapelle du théâtre des halles, une ampoule surplombe un homme debout sur une palette, couverts tous deux d’encre noire. Il est comme dans un tableau de Caravage avec un fond noir épais. Sa solitude est noire de mots, peuplée par eux. La simplicité de la mise en scène de Thierry Gibault permet de mettre en valeur le texte de Bohumil Hrabal.

              Sa vie est déchirée entre la bibliothèque dont il rêve et la destruction des livres. Nous entrons dans la solitude d’un homme, à la taille de sa presse, cette machine qui détruit le papier. Son attachement aux livres est si grand qu’il connaît le même sort que les livres. Une partie de lui disparaît en même temps que ces livres, ces prospectus, ces reproductions de tableaux. Son métier est comparable à un supplice interminable. Il est un bourreau amoureux des livres qui lit dans leur âme avant de les exécuter. Les yeux exorbités, l’homme dévore tout ce qui passe par ses mains, y compris nous les spectateurs sommes regardés avidement, comme si nous étions des livres de sa grande bibliothèque rêvée. On peut lire dans ce regard, l’étonnement, la soif de savoir recherchés par les philosophes.

            Il participe malgré lui à l’autodafé bruyant d’un humanisme.  Son amour des livres l’isole du monde d’en haut qui condamne ces livres à la mort. Sa vie est couverte par le bruit des machines, qui donne lieu à la réminiscence de ses souvenirs, fait naître ses rêveries, ses hallucinations. Ces envolées lyriques sont accompagnées d’une très belle bande sonore de François Chabrier dans laquelle on entend des instruments à vents, des mélodies planantes, les enregistrements des machines à broyer. Les paroles du comédien créent elles-mêmes une musique avec des pizzicati qui participent à la bande sonore. Dans son monde, l’onirique frôle l’ontologique et le burlesque. Chez lui, les pièces ploient sous les piles vertigineuses de livres qu’il a sauvées de l’oubli comme l’épée de Damoclès qui risquerait bien de le broyer à son tour.

Ondine Marin

Interprète : Thierry Gibault

Mise en scène : Laurent Fréchuret

Collaboration artistique : Thierry Gibault

Créateur lumière : Éric Rossi

Créateur son : François Chabrier

Régie : Eugénie Marcland

Chargé de production : Cécile Moulin

Directeur de production : Slimane Mouhoub

Autre critique du même spectacle

 

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/hrabal/bohumil_hrabal.pdf

 

 

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